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“Il faut rire et laisser passer la boue!” Natif de Trévières (Calvados), Mirbeau passe son enfance chez les Jésuites de Saint-François-Xavier de Vannes où il apprend entre autre la souffrance et l'humiliation. Son adolescence est bercée par l'ennui de la province bretonne. A 22 ans , il est soldat et affronte les Prussiens dans la boue beauceronne. Pour surmonter tous ces obstacles, pour rendre sa vie plus supportable, il a très vite choisi de rire. 1875 - Il est à Paris, chroniqueur dramatique dans un petit journal. Il fréquente les théâtres, se lie à Guy de Valmont (qui ne s'appelle pas encore Maupassant). |
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Il participe au spectacle A LA FEUILLE DE ROSE, MAISON TURQUE, pochade naturaliste et pornographique montée par Guy de Valmont et Pinchon. En 1877 il est à Foix en Ariège comme chef de cabinet du préfet Lasserre. Un dimanche, on lui apporte un télégramme adressé au préfet. Il émane d'un savant arrivé dans la région quelques jours auparavant pour y mener une mission de fouilles dans la grotte de Niaux. Ce dimanche là, obligé de regagner la Capitale, le savant, poli et confiant, prévient son préfet : Rappelé à Paris. Dois suspendre mes fouilles dans la grotte. Vous les confie. Respectueusement. En ce temps-là, les télégrammes étaient transmis en morse et recopiés en Anglaises, plus ou moins bien moulées, par un opérateur. La légende dit que le texte inspira à Mirbeau la transformation du f de fouilles en une lettre plus proche du début de l'alphabet. Ainsi corrigé, le télégramme arriva sur la table de nuit du haut fonctionnaire. Le savant, nous dit-on, s'indigna, deux ministres s'en mêlèrent et le chef de cabinet fut révoqué… Mirbeau est un observateur de la vie sociale. Il fréquente des mondains, des financiers et des politiciens plus ou moins honnêtes, et c'est de ces fréquentations qu'il puisera l'inspiration de ses pamphlets. Il déshabille Paris dans les colonnes du GAULOIS et du FIGARO. LES GRIMACES, LA FRANCE, L'ECHO DE PARIS, LE GIL BLAS, LE JOURNAL, L'HUMANITÉ véhiculeront également ses coups de plume contre l'Etat pillard et proxénète, les militaristes, le " public troupeau " anesthésié par les sottises, la littérature commerciale, le journalisme pour gogos, le théâtre pour gugusses, la peinture de cabinet de toilettes… Bientôt, ses chroniques ne suffisent plus à assouvir sa hargne. Comme le conte est à la mode dans la presse, il écrit des contes cruels puis des contes drôles. Mais l'humour de l'auteur des "Affaires sont les affaires" n'est jamais gratuit, son rire corrode, attaque, provoque, fait tomber les masques et plonge dans les racines du mal. Sa franchise lui a évidemment valu quelques ennemis (Jules Renard, André Gide, etc…), mais sa générosité, sa fougue et son besoin d'aider ceux qui en ont besoin sans attendre la moindre contrepartie, suscite l'admiration de ses contemporains. Poète de la douleur et de la vérité , Ecrivain puissant et fougueux, un des grands engueuleurs charismatique de la Belle Epoque, sont quelques-uns des titres qui lui sont décernés dans les journaux du 17 février 1917, lendemain de sa mort. Octave Mirbeau garda son indépendance intellectuelle, n'hésitant pas à montrer, dans leur bêtise, leur infamie ou leur laideur, les puissants et les heureux de ce monde. Il ne chercha pas la popularité, comme ces romanciers pour femmes riches et ces penseurs accointés avec l'Académie. Il s'attaque à tout ce qu'abritent les façades vertueuses, les entreprises de morale ou de philanthropie. Octave Mirbeau épanche sur le monde moderne sa dérision et son dégoût. Caricaturiste grandiose, maître de l'horreur et prince des cauchemars, il n'hésite pas à se mettre en campagne pour les impressionnistes (Renoir, Monet, Pissaro, Van Gogh), et à soutenir Sacha Guitry. Il soutiendra également Zola pendant l'affaire Dreyfus. Apprécié par Tolstoï, Apollinaire, ami de Claude Monet, il fait partie de l'Académie Goncourt à sa création en 1903. Même dans les plus véhémentes détestations, dans les sarcasmes les plus cuisants, son œuvre toute entière avec ses cris, ses pleurs, ses grincements et ses colères, son œuvre chaotique, fumeuse, ardente, imprécatoire n'est qu'un appel vers la justice, un long cri de détresse vers la pitié, vers la douceur et vers l'amour. “Je suis né avec le don fatal de sentir vivement, de sentir jusqu'à la douleur, jusqu'au ridicule.” Guitry parle de Mirbeau >>>>>> |